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  • Photo du rédacteurHéloïse Martin

Atelier au Lycée - Journal de Bord

Jeudi, nous avons joué une adaptation des "Pas perdus" au Lycée Saint Exupéry de la Rochelle. 5 représentations.


Rendez-vous à 8h, ça pique, pour jouer dans une heure devant deux classes de secondes. Les filles, que des filles, elles sont 9, se préparent, pas de stress, pas encore, pas trop en tout cas, pas toutes. De la joie. De l'amitié. De la connerie. On joue aux zombies. On se refait un petit training pour porter la voix, porter la voix c'est le plus dur encore. Et puis les dernières recommandations. On a bien travaillé. On peut faire confiance au travail. Et puis on peut s'appuyer les unes sur les autres. On connait les fragilités de chacune et chacune est valorisée à hauteur de sa progression, immense pour certaines, qui partaient de très loin. Je dis "on" parce que ce qui saute aux yeux, ce matin, c'est le collectif. Il n'y a pas la metteuse en scène qui "coache" (beurk), les profs qui encadrent, les élèves qui écoutent, se préparent. Non. Un collectif, un organisme. Presque une famille.

Je le dis et le redis à chaque conversation qui porte sur le théâtre et ce qui m'anime. Faire et être ensemble. Avec les gens, les artistes, les techniciens, le public. Et ce matin, je suis émue, parce que ici encore, dans ces conditions particulières, en milieu scolaire, avec ces jeunes filles de 15-16 ans, nous faisons famille. Et c’était pas gagné.


Il est 19h45, nous allons faire entrer le public, les familles cette fois, pour notre ultime représentation, et nous rions, rions, j’en pleure, fou rire, en faisant ce jeu d’échauffement : le monstre, nous sommes toutes en joie et en jeu, dans la connerie et le plaisir du moment, et je me souviens du jour où je le leur ai proposé la première fois… à ces jeunes filles totalement bloquées, introverties, dans un corps caché, replié, aux voix absentes, à la gêne immense, où aucune ou presque n’avait vraiment « joué » le jeu… et 5 mois plus tard, totalement libres et joyeuses, les voilà en vie, déployant toute leur énergie… moment de grâce.

Je repense à Tristana, qui riait tant dès que quelqu’un disait ou faisait quelque chose, le plus anodin, d’un rire énorme, bruyant, envahissant, rendant le travail vraiment difficile. Qui était incapable de retenir son texte. Mais qui était là, tous les jours, à proposer, participer, organiser, faire le lien, prendre soin, coordonner, étonnant paradoxe d’une jeune fille ultra responsable, tournée vers les autres, et ultra empêchée. Soutenue pendant les 5 représentations par la possibilité d’une souffleuse en coulisses, par l’absence totale de jugement et de rejet des autres (et ça c’était pas gagné parce que ses partenaires ont souffert…)

Je repense à Romane, si intelligente et scolaire, si cérébrale, qui finissait pratiquement toutes les répétitions en larmes.

Je repense à Justine, ma pivoine, si rouge qu’on avait peur qu’elle fonde à chaque passage, qui ne pouvait pas projeter sa voix, et qui hurle « je l’aime !! » dans sa scène, en courant 𝑑𝑎𝑛𝑠 le public.

Toutes les autres… avec leurs fêlures, leurs complexes, leurs fragilités, leurs angoisses : si sincères et courageuses, braves, généreuses. Elles ont fait le job. Elles y sont allées.


La journée d’hier ce fut des larmes – après la seconde : ah, la seconde ! toujours terrible une seconde quand on débute, tant la première a de charme et de magie… et puis hier nous avions des loulous totalement aux prises avec leur âge et la cohorte de choses bêtes et méchantes qu’il fait faire parfois, et nous jouions dans une salle « normale », où les actrices, presque sur les genoux des spectateurs pouvaient « tout voir et tout entendre »… ce fut une partie mémorable de babyfoot entre 2, où je fus défiée et eus le plaisir incommensurable de renouer avec mes 16 ans… des vivas lors de la présentation des comédiennes… une folie de danses, de chants, de rires pendant la longue pause qui a séparé la dernière « scolaire » de la « familiale »… des larmes à nouveau, dans les bras du papa, exténuée, après cette journée éreintante et si remplie de tout.



Faire des humains grâce au théâtre, du théâtre grâce aux humains, trouver du sens et de la joie : quelle chance !

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