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  • Photo du rédacteurHéloïse Martin

De Paris à La Rochelle : souvenir #1

Nous sommes arrivés à La Rochelle il y a 9 ans… le 4 août très exactement. Quand je regarde en arrière, une foule de souvenirs se bousculent…


Le 6 juillet 2016
Naissance de la Troupe
De Paris à La Rochelle - souvenirs 1

Depuis notre arrivée, on fait le grand écart entre La Rochelle et Paris, on gère notre coup de poker : partir en plein essor de l’activité de la compagnie à Paris – 3 spectacles à l’affiche, dont un tout juste créé à Avignon ("Les Enfablées" voient le jour au Théâtre de l’Étincelle dans le Off 2014 !), avec pour chacun une programmation parisienne et des dates de tournée (à l’époque, nous étions en moyenne 150 jours sur scène par an !) dans une ville où personne ne nous connait, où nous ne connaissons personne, et où personne ne nous attend ni ne nous espère… plusieurs allers-retours Paris-La Rochelle par mois, 3 enfants, dont une en bas âge, aucune activité à La Rochelle, aucun contact, aucun amis, rien, personne… tout à construire ! On passe notre vie dans les TGV, les hôtels, chez les copains… et à LR on… s’ennuie ferme… !


Et donc, septembre 2015, j’ouvre le premier atelier adulte : faut bien commencer quelque part ! (On avait déjà commencé à jouer un peu par-ci par-là mais c’était vraiment épisodique). Ça commence rudement bien, la salle de Laleu (où nous sommes toujours et qu’on adore, avec sa vue sur le parc !) est dispo, 11 personnes s’inscrivent… on commence, tranquillou, training, jeux de théâtre, impros… il y a un gars bizarre, qui vit sur un bateau et qui adore Jodorowski, génial quand il propose de jouer un Dé (oui un dé à jouer), chelou quand il te parle pendant 2h alors qu’il faut fermer la salle, que tu sens qu’il y a des trucs profonds mais que quand même il est vachement perché, et qui finit par abandonner… on est en décembre. Et puis il y a celle qui prend personnellement toutes les propositions faites en impro : elle écrira une lettre à l’attention de la compagnie, mais adressée en vrai à sa partenaire, qui l’avait appelée « Mamie » en impro… elle finit par nous quitter en janvier, trop « violentée » par l’anti-vieillisme ambiant. Et puis goutte à goutte les désistements ont suivis… il y a eu M., aussi, M., formidable de sensibilité qui se battait avec un mari crampon, et qui nous racontait ses déboires de travaux où il avait posé une porte-fenêtre en laissant 10 cm de jour de chaque côté (elle avait perdu tout estime pour lui), elle n’arrivait pas à divorcer, elle n’arrivait pas à s’aimer, elle n’acceptait pas les compliments, elle a fini aussi par partir… Et puis il y a eu D. Aaaah, D. c’était tout un poème, D. !!! D. ne comprenait jamais rien à rien. D. travaillait au ministère, à la base sous-marine et était tout plein rempli de son importance. Je l’ai croisé une fois dans la rue, il marchait, conquérant, sa femme et son fils trottant désespérément derrière lui. Un dimanche où nous avions répété une journée entière, il s’était porté volontaire pour apporter du café. Il avait apporté un paquet, fermé avec une pince à linge, pris dans le placard de sa cuisine. Dedans, des grains entiers. Il ne comprenait pas pourquoi on ne pouvait pas faire de café. Il a insisté pour mettre les grains entiers dans le filtre à café « à la maison ma femme, elle fait le café avec ce café, il n’y a pas de raison qu’on y arrive pas ici ». A la maison, c’est sa femme qui gère. Dans la rue, elle s’essouffle pour qu’il ne la sème pas. On a passé 1 heure à essayer de le faire entrer en scène de façon juste : entrée en urgence d’une personne en retard. Je ne sais pas si c’est descriptible. On en rit encore. La démarche de D. lorsqu’il essaie de jouer l’entrée. Quel fou rire ! Bon. Il a fini par partir. La veille du 1er avril. Le 31 mars quoi. Ils n’étaient plus que 5 avec lui. Bon. Et puis mi-avril on reçoit un mail assez désagréable, en gros nous sommes des voleurs, car nous avons encaissé son dernier chèque. Ben oui. Un atelier, tu t’inscris à l’année. Ben non, dit-il. J’ai fait 2 trimestres. J’ai arrêté pile avant le 3è. Rends-moi mon chèque, voleuse. Voilà. Le type bien. On lui a rendu son chèque (on n’aurait pas dû mais que veux-tu).


Autant dire que je m’en suis posées, des questions… est-ce que j’avais définitivement merdé ? oublié comment gérer un groupe, générer l’envie, l’enthousiasme, la joie ? Est-ce qu’à La Rochelle ils étaient différents, les gens, rétifs à ma façon de faire, de chercher, d’explorer ? Bref. Moral assez bas. Confiance en moi zéro. Et les voilà 4. Jean-Pierre, Jean-Loup, Adèle et Christian. Bon on fait quoi, alors ?!!! Ben on joue pardi ! T’es sûre ? Bé oui ! Pourquoi qu’on jouerait pas !? Vous êtes là, vous avez envie, on joue ! Et voilà, on a joué. Et c’était formidable. Avec des couacs, des lunettes égarées, des lapins qui ratent l’entrée et des gens dans la salle qui ne savent pas par quoi on est tous passés, mais qui sont là et qui nous aiment. Voilà. On a joué. Et après, après, c’est une bande d’amis créée par le théâtre, l’adversité et la joie, qui sont devenus comme les doigts de la main. Et nous, ça y est, on avait enfin un pied à La Rochelle, des potos, quoi.

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